NOTRE PROJET

Notre projet ambitieux vise à raviver l’épopée inoubliable vécue par nos aînés lors de la libération de la Normandie en 1944. En tant que première division française engagée dans cette bataille cruciale, ils ont écrit une page héroïque de notre histoire.
À leur tête, le charismatique général Philippe Leclerc, une figure emblématique dont le leadership a joué un rôle central dans ces moments décisifs.

AOUT 1944 – 2024

Nous aspirons à transcender le temps et à plonger les participants dans l’atmosphère intense et cruciale de cette époque. Notre objectif est de recréer l’expérience vécue par ces valeureux soldats, en mettant en lumière le courage, la détermination et le sacrifice qui ont marqué la libération de la Normandie. Ce projet se veut une célébration immersive de l’héritage laissé par nos aînés, visant à honorer leur mémoire et à transmettre cette histoire capitale aux générations futures.

À travers des reconstitutions minutieuses, des témoignages poignants et des événements commémoratifs, nous espérons capturer l’esprit indomptable de la deuxième division blindée française. En faisant revivre chaque détail, nous souhaitons susciter chez les participants une profonde appréciation de l’héroïsme et du dévouement qui ont caractérisé cette période cruciale de notre histoire nationale. Ce projet aspire à être bien plus qu’une simple commémoration, il vise à faire résonner l’héritage de la libération de la Normandie dans le cœur et l’esprit de chacun.

COLONNE LECLERC 2024

Dans son bureau de Fort-Lamy, à l’abri des solitudes immenses du Sahara, celui qui était alors le Colonel Leclerc pouvait vivoter tranquillement.

Il avait rallié le Cameroun, il avait un beau Commandement, pourquoi ne se serait-il pas imprégné de l’esprit de la ligne Maginot ?

La guerre, n’est-ce pas attendre que les autres fassent quelque chose ?

Si LECLERC et ses soldats s’étaient dit cela, ils n’auraient pas été des Français Libres.

Mais parce qu’ils ont voulu, eux, combattre et vaincre, la France envahie a pu en dépit de tout apporter une contribution éclatante à la bataille d’Afrique.

En Erythrée, en Ethiopie, en Libye, elle avait lutté, au Fezzan elle a conquis.

Enfants de France, rêvez d’être un jour des LECLERC, apprenez ce que vaut une libre volonté française.

Charles de GAULLE.

« Soldats, que l’âme de nos anciens veille sur vous. Soyez dignes de votre glorieuse histoire. Soyez dignes de la France »

Général Leclerc

80e anniversaire

Ce projet est dédié aux anciens de la Deuxième division blindée à l’occasion du 80ème anniversaire de leur débarquement sur le sol de France.

Il appartient aux Français eux-mêmes de faire vibrer éternellement la flamme de l’histoire de cette glorieuse division et plus généralement de notre histoire.

Pour eux, pour ceux qui comme eux se battent pour nous, pour nos enfants…
N’oublions jamais !

Brin D’HISTOIRE

Prémices au débarquement de la 2eme division blindée Française

Juillet 1944, la situation en Normandie est critique et les combats sont acharnés. Entre la Haye-du-Puits et Lessay, les Américains comptent 1000 tués au kilomètre et la capture du mont Castre leur coute 5000 hommes. La 79eme division d’infanterie perd un homme tous les 3 mètres lors de la conquête du village de Montgardon.

Au début de l’opération, la ligne de front doit être percée par le Major General Eddy commandant la 9eme division d’infanterie et le Major General Hobbs commandant la 30eme division d’infanterie. Puis les renforts doivent progresser à travers les lignes allemandes et se diriger vers l’ouest.

Les Américains réunissent quatre divisions d’infanterie et deux divisions blindées sur un étroit corridor de huit kilomètres seulement. Ces unités sont placées sous le commandement du 7eme corps du général Collins. Pendant ce temps, les Britanniques font diversion en lançant plusieurs opérations dans la région de Caen, ce qui focalise l’attention des Allemands. Alors que 110 chars font face aux unités américaines dans le sud du Cotentin, près de 600 blindés sont rassemblés face aux forces anglo-canadiennes.

Le 29 juillet après presque une semaine de combats, une brèche est faite, le front est enfoncé et les unités américaines vont pouvoir se ruer vers le sud-ouest.

ANGLETERRE 1944

Le 3 juillet, sous un ciel bas distillant une pluie fine et pénétrante ( « it’s very nice weather, isn’t it ? » ) une nouvelle prise d’armes rassemble la totalité de la division.

Le général Koenig remet à chaque régiment, chaque bataillon, chaque groupe d’artillerie un drapeau ou un étendard à son chiffre.

  • C’est une Consécration, dit le lieutenant Guigon.
  • Non, c’est une résurrection, réplique le lieutenant Briot de la Crochais, du 12e Cuirs, « Dauphin-Cavalerie », l’un des plus anciens régiments de France.

L’ultime drapeau vient d’être remis.

Le général Leclerc s’avance.

Dans sa main, un petit écusson doré et bleu, brillant faiblement.

  • Voici l’insigne de la division choisi par vous, dit-il. Il est à l’image de la France, marquée de la Croix de Lorraine. Chacun d’entre vous en recevra un exemplaire, numéroté. Je réserve le numéro 1 pour le capitaine Divry qui nous a déjà précédé, parachuté sur le sol de la Patrie. Je m’attribue le numéro 2. Prenez soin du vôtre. Portez-Ie toujours…

Une France timbrée de la Croix de Lorraine…

Leclerc a attendu l’Angleterre et l’approche des combats pour concrétiser ainsi l’union, enfin réalisée ; désormais, quels que soient son origine, son passé, ses convictions, chaque soldat, chaque gradé sait qu’il est membre à part entière, sans aucune restriction, d’une même famille. D’un clan !

Sud de l’Angleterre, le commandant Farret a réuni quelques offiicier du 1/RMT

RETOUR SUR LA TERRE DE FRANCE

JMO 2DB : 1 au 5-08 Débarquement et regroupement de la division dans la zone de La Haye-du-Puits.

Lundi 31 juillet.
A midi, nous jetons l’ancre en face d’une plage que nous apprendrons être celle de St-Martin-de-Vareville. Nous devrons rester toute la journée à l’ancre en attendant la marée favorable, nous échouant vers 19 heures. Si le 1er escadron du 1er RMSM est le premier à débarquer vers 22 heures le 31 juillet, les 2e, 4e, et 5e escadrons ne toucheront terre que le 4 août. De nombreux navires attendent leur tour, puis le 3 août la mer houleuse retarde le transbordement des véhicules. Au 3eme RMT, l’EM et la CA 3 ont pris place dans le LST 509 avec le 1er escadron de chars légers des spahis. Les débarquements sur la plage de Utah-Beach s’échelonneront du 1er au 5 août.

Mardi 1er août.
Divisé en deux convois (1 à roues, 1 à chenille), le détachement se rend au “Transit Area B”, à quelques centaines de mètres de Foucarville où il arrive vers 2 heures 30, rejoint vers 6 heures par le détachement de la CHR. Les véhicules sont au camp de triage d’où ils se dirigeront vers le nouveau bivouac. Le regroupement effectué, les unités se dirigent en convoi vers la zone de stationnement, formant un long défilé ininterrompu de véhicules distants les uns des autres de 25 mètres. Les chars, les blindés, les jeeps, les camions traversent Sainte-Mère-Église, Pont-L’Abbé, Saint-Sauveur-le-Vicomte, la Haye-du-Puits, au milieu de ruines.
Le campement se situe à quelques centaines de mètres du village de Vesly, 5 kilomètres N.E. environ du bourg de Lessay où l’on se battait encore il y a 8 jours. Le bivouac est dans le bocage épais; l’E.M. est sous les pommiers, il fait un temps radieux.

Mercredi 3 août.
On fourbit les armes, les chars, les vêtements.

Jeudi 4 août.
Les Américains sont à Rennes. Nos SCR-193 nous tiennent au courant des combats.

Vendredi 5 août.
Le Régiment reçoit l’ordre de se tenir prêt à faire mouvement sans préavis. Le bruit court que les Allemands ont déclenché une contre-attaque de Mortain vers Avranches.

Véhicules du 12ème régiment de chasseurs d’Afrique au nord de Mobecq-Vesly.

LA 2EME DIVISION BLINDée,
entre dans la bataille

JMO 2DB :
6-08 Mouvement de la division en direction du sud. Stationnement à Saint-James (Manche).

6 Août 1944 :
L’ordre de marcher vers le sud jusqu’à Avranches tombe, le GTV (Groupement Tactique Warabiot) suivra l’itinéraire Vesly, Périers, Saint Sauveur, Monthuchon, Coutances, Gavray, Avranches, Ducey, Pontaubault pour enfin installer le bivouac à Saint Aubin de Terregatte.

JMO 2DB :
7-08 Un élément précurseur se porte à Mortain, en avant-garde de la division qui doit participer à la contre-offensive prévue pour stopper les Panzers qui menacent le sud du Cotentin. Mission modifiée au dernier moment. L’élément précurseur est engagé, mais reçoit l’ordre de rallier le gros de la division qui fait route vers Le Mans. Itinéraire : Vitré, Château-Gontier, Sablé.

7 Août 1944 :
Après une reconnaissance aérienne, le campement fut la cible, les nuits du 6/7 et 8/9 août 1944, de bombardements allemands qui firent plusieurs victimes parmi les soldats et le personnel de santé. Les blessés furent transportés dans un hôpital américain d’évacuation installé à Saint-James. La 2ème Division Blindée du Général Leclerc connaissait ainsi, ses premières pertes humaines depuis son débarquement en Normandie. 20 morts, plus de 200 blessés, la plupart évacués vers l’Angleterre afin d’y être soignés. Les victimes, de leur côté furent inhumées dans les cimetières communaux de St Aubin-de-Terregatte, Montjoie St Martin et le carré militaire de Saint-James.

Quittant Saint-James à l’aube, les unités de la 2e DB du général Leclerc font mouvement vers le Sud. Ordre a été donné de prendre l’armée allemande à revers. Leclerc part en éclaireur en compagnie de son état-major. Les premiers éléments arrivent à Domalain vers 8 h, et préparent le cantonnement. Vers 22 h, arrive une estafette porteuse d’un message à l’intention du général : il s’agit d’un ordre de l’état-major américain lui enjoignant de gagner Le Mans avant le jour. En moins de temps qu’il n’en faut pour avertir la troupe, les moteurs tournent, les tentes sont démontées, le camp est levé. Une heure plus tard, il ne reste plus personne.

JMO 2DB :
9-08 Le général Leclerc, installé à La Chapelle-Saint-Aubin reçoit pour le 10 août au matin, l’ordre suivant : « La 2ème D.B., appuyée à gauche sur la Sarthe, à droite sur le méridien de Savigné progressera intensivement vers le nord. »

Mercredi 9 août. Départ vers 6 heures 30 (3/4 d’heure de retard dus au 501eme). Ordre de marche: 9-10-CA-11-CHR. L’E.M. est en tête, le Lieutenant Duparc fait fonction d’orienteur. Nous sommes reçus avec enthousiasme dans toutes les agglomérations.

L’itinéraire est le suivant : Départ St James à 6 heures 30 – Argouges – Rouazy – St Aubin du Cormier -Vitré (9 heures 30) – Argentré du Plessis. A cet endroit, le convoi est bloqué pendant plusieurs heures pour le ravitaillement en essence qui doit se faire à Cossé le Vivien et ne fonctionne pas d’une façon très rationnelle.

Passage à Cossé le Vivien vers 17 heures – Château Gontier – Gennes sur Glaize – Banessay et bivouac aux environs de Auvers le Hamon (non loin de Sablé) à 19 heures 30. Les unités sont dispersées sur le terrain et les liaisons s’avèrent assez difficiles en raison du silence radio.

Dans la soirée le général Haislip diffuse son ordre d’opérations pour le lendemain :
«Le XVeme corps attaquera le 10 août pour s’emparer de la ligne Sées-Carrouges. Heure de l’attaque : 8 h 00…»

JMO 2DB :
10 aout, après avoir franchi la Sarthe dans la nuit, les G.T. entament leur progression à 8 heures. A droite, le G.T.L. par Saint-Mars, Congé, Lucé, Rouessé-Fontaine. A gauche, le G.T:D. sur l’axe Ballon, Coulombiers, Bourg-leRoi, Champfleur. Le G.T.V., en réserve de la division, progresse derrière le G.T.D

Le matin nous démarrons tous à 09 :30. Nous nous dirigeons vers Neuville sur Sarthe, aux lisières nord du Mans, que nous contournons…. Brève pause dans le petit bourg de La Chapelle-Saint-Aubin. Devant la grande porte de l’église, le général Leclerc est assis, les avant-bras appuyés sur une petit table, sa canne entre les jambes, il vient de faire chanter un Te Deum. Nous devons traverser la Sarthe sur un pont de bateaux. L’itinéraire est mal fléché, nous allons trop loin sur la route d’Alençon… Nous trouvons enfin le bon chemin à travers prés. La rivière est franchie au sud de Neuville. Nous filons vers montreuil, où nous devons stationner. Contrordre : nous nous portons au sud de Ballon.

JMO 2DB : 11aout, les groupements tactiques D et L sont accrochés en divers points de leurs axes. Au soir, ils se trouvent à six kilomètres au sud d’Alençon.

Ordre de se tenir prêt pour 07 :00. Bien entendu, nous ne partons pas. La 9ème compagnie est mise aux ordres directs du colonel Warabiot commandant le 501ème RCC, dans un sous groupement de toutes armes. Nous démarrons à 10 :00. A midi, des gars du 501 capturent les premiers prisonniers : 3 allemands. Nous nous installons au sud de Coulombier vers 14 :00. Le colonne Warabiot articule son sous groupement en deux détachements :

  • L’avant-garde aux ordres du commandant de chars Cantarel comprenant 2 pelotons d’auto-mitrailleuses de reconnaissance des Spahis, 1 compagnie de chars moyens Sherman du 501, la 9ème compagnie du III/R.M.T. (Les Cosaques), 1 section du génie, 1 peloton de charges destroyers du régiment blindé de fusiliers-marins, 1 batterie d’Artillerie sur véhicule chenillés.
  • Le gros aux ordres directs du colonel Warabiot, …
  • Un petit détachement aux ordres du commandant Putz tient à notre gauche la grande route Le Mans – Alençon au carrefour de la Hutte.

La 2ème D.B est en pointe, les unités américaines à droite et à gauche n’ayant pas suivi le mouvement.

MO 2DB : 12 août, dans la nuit, le général Leclerc en personne, à la tête d’une reconnaissance, a occupé lui-même les ponts d’Alençon. Au matin, les G.T. s’y portent. Le G.T.V. en tête reçoit la mission de foncer vers Argentan par Sées. Il doit se rabattre sur la gauche et arriver à Montmerrei dans la soirée. Le G.T.L. est stoppé au sud de la forêt d’Ecouves. Le G.T.D. s’installe sur ses bases de départ vers Carrouges.

A 05h30, le colonel Warabiot donne l’ordre de se tenir prêt à partir. Nous nous mettons en place à 07 :00. Ordre de nous porter au nord-ouest d’Alençon par Rouessé-Fontaine, Bourg le Roi, Champfleur, Alençon. Nous avons eu peu de renseignements sur la situation. Elle évolue rapidement. A la fin de la suite, une patrouille de chars Légers et de half-tracks, emmenée par le général Leclerc en personne a occupé sans foup férir les ponts sur la Sarthe à Alençon. Ces ponts, et les renseignement fournis par un prisonnier donnent la clé de la manœuvre qui va se développer, une clé dont le général Leclerc va savoir se servir.

A 09 :00, nous sommes à Alençon, Nouveaux ordres : nous n’allons pas à Carrouges. Destination : Sée par Semallé, Larré, Denil-Evreux, Bursard, Neauphe. La compagnie est en premier échelon, avec la 1er compagnie du 501ème R.C.C. du capitaine Buis ; les sections de chars moyens et de half-tracks sont jumelées. Départ d’Alençon à 10 :15. Arrêt en attendant que l’aviation américaine bombarde une résistance signalée vers Larrée. Nous redémarrons à 11 :00.

Pas de résistance sérieuse. Nous ramassons quelques prisonniers. Nous entrons dans Sée à 13 :00. Un instant d’arrêt sur la place principale. Accueil délirant de la population. Nous ne nous attardons pas, nous recevons l’ordre de foncer sur Ecouché.

« La gloire est éphémère, seule la mémoire demeure. »
Général Leclerc

Sergent Pierre Brédiger, 2ème en partant de la gauche – Chef du Sherman « Keren » mort dans sa tourelle le 12 août 1944.

Caporal Joseph Omnes, 1er en partant de la gauche en haut, tireur du Sherman « Keren » mort dans sa tourelle le 12 août 1944.

Journée du 12 août : Jusqu’aux approches d’Ecouché, la 3ème section (Malin) est en tête : elle a quitté la grand route d’Argentan après Château d’Ô pour s’enfoncer dans le bocage par les petites routes de Mortrée et de Montmerrei. Ce cheminement paisible et poétique cache naturellement des pièges atroces : tous les tournants sont des embuscades, toutes les droites des lignes de mire. Dans la jeep de Buis, conduite par Berger, est assis un officier de réserve rencontré à Sées, le capitaine Denormandie, qui a proposé de les conduire à Ecouché par des chemins, des barrières de champs, des cheminements de ruisseau qu’il connait bien et qu’il suppose mal surveillé par l’ennemi.

Les abords de Saint-Christophe manquent de couvert; la colonne doit traverser de grandes prairies en vue du village. Avant d’entendre l’explosion, les équipages du Massaouah et du Bir Hakeim voient le Keren en flammes… Un deuxième obus vient exploser près du Massaouah, éclaboussant de terre. Le char fait un quart de tour en arrière pour s’enfoncer dans une haie et arrose d’explosifs et d’obus au phosphore la ferme cachée dans les arbres d’où les coups sont partis. Une énorme flamme leur apprend bientôt qu’ils ont fait mouche. Le capitaine et Berger accourent à pied pour tenter de porter secours à l’équipage du Keren, mais seuls Stéphan et Ponchon, 1er et 2ème mécaniciens sont parvenus à s’éjecter. Il n’y a plus d’espoir pour les trois de la tourelle : le chef de char, sergent Pierre Brediger, qui n’a pas su que son père le cherchait à Sées (sa famille a été expulsée de Metz après son départ en angleterre), le tireur, caporal Joseph Omnes, le Brestois qui avait rallié Londres en 1940, et le jeune Jacques Tubert, venu d’Alger au Maroc quelques mois plus tôt, dont le père est général et maire d’Alger, et qui n’avait jamais vu un Allemand.
– Tu te rappelles la jeune femme à vélo que nous avons laissé passer, qui avait, paraît-il, un bébé à soigner ? dit Léonard à Mahéo. Elle a simplement oublié de nous dire qu’il y avait un canon allemand dans sa ferme…

« La difficulté attire l’homme de caractère, car c’est en l’attaquant qu’ils se réalise lui même », Des hommes de la 2ème D.B. autour d’un panther détruit à l’entrée de mortrée.

12 août :
Entre Tanques et Vrigny, à la croisée d’un chemin de terre alors qu’un des shermans grimpe sur le talus pour avoir une meilleure vue.

De la-haut on ne voit rien de plus, sinon les haies de bocages à l’infini. Tout est normal. Pas tout à fait, cependant: au bout de la prairie enclose, une partie de la haie est garnie de feuilles mortes, insolites en cette saison.
– Jégou, dans les feuilles sèches !
Au troisième coup, l’anti-char saute en l’air avec 3 ou 4 de ses servants et une douzaine de fantassins prend la fuite, ou se réfugient dans les meules de foin.
– Un obus incendiaire dans les meules !
Ils pourraient tout de même prendre la peine de renouveler leur camouflage avec du feuillage verdoyant…
A partir de ce moment-là, les chars sortent des chemins creux et progressent à découvert vers la route Ecouché – Argentan : transports, véhicules d’infanterie, blindés, command cars; aucun char.
Pour les sherman, ce n’est qu’un jeu de faire flamber tout le convoi dont les occupants fuient en tous sens…
Après quelques rafales de mitrailleuse lourde pour conclure, Buis essaie de reformer sa Compagnie en ordre de bataille.
Bien que tous ne pensent qu’à s’effondrer pour dormir, Buis veut encore une patrouille à pied jusqu’à la route. Goddyn, Luppi, Vincelet et Rubino y vont avec une demi douzaine de gars du RMT. dont un caporal. Il n’y a plus âme qui vive sur la route, ou alors les survivants se cachent bien.
Personne n’a faim, tout le monde à soif; la nuit est encore chaude. Buis fait former une sorte de leager, comme en Libye. Car l’ennemi est partout. Berger a repéré un fossé bien abrité: le capitaine et son chauffeur dorment dans le même trou, jusqu’à 4h du matin. Les gars ont fait plus de 20h de char depuis le matin. La nuit est bruyante de lourdes menaces: on entend partout des moteurs et des chenilles…

Journée du 13 août :
Branlebas de combat à 4 heures du matin. La colonne d’attaque se forme aussi discrètement que possible dans le vallon où, semble t-il, sa présence n’a pas été repérée par l’ennemi. En tête le « El Outil », de la 2ème section, Berrué n’est pas peu fier de l’annoncer à son équipage (trop fier, car Pierrot Quentel ne va pas réussir à démarrer); puis le Libye (« emprunté » par Touny à la section de commandement); puis les cinq chars de la 1ère section : Harstad (De Schamphelare), Kila (Hamelin), Narvik (Galleyà, Bjervik (Deschamps), Ankenèse (Gambert). Les halfs-tracks de la 3ème section (Campos) du R.M.T. sont avec la section de chars de tête.

La colonne est divisée en deux groupes qui se séparent à l’entrée du bourg : trois chars fonceront tout droit jusqu’au pont par la rue principale, tandis que trois autres resteront en bouchon à l’entrée d’Ecouché.
Jusqu’au passage à niveau, la route est en pente, et même au-delà, dans le bourg. En plein passage à niveau, sur les rails, un half track du R.M.T. est en feu. Avertissement des fantassins, ne vous en approchez pas, il est chargé de mines.
Le « El Outid » a bien fini par rattraper la colonne mais il est maintenant bon dernier – ce qui ne l’empêche pas de prendre un 88 dans sa boite de vitesse : l’obus dérappe, fait une belle encoche, mais la surprise est que le char continue sa progression sans difficultés de ce coté là.
Berrué voit un char de la Compagnie (c’est surement le Harstad) qui s’approche prudemment (comme font les chars, normalement) du passage à niveau. A sa grande surprise, il aperçoit un homme en civil (il pense reconnaître le capitaine Denormandie) qui court vers le char en hurlant quelque chose… Comment parvient-il à se faire entendre ? Le char bondit, à la limite de sa puissance d’accélération, franchit les rails… A l’instant même, une impressionnante boule de feu (un perforant tiré de la droite) passe derrière la tourelle au ras des moteurs et fait sa tranchée dans les paquetages. La leçon est comprise : un canon est embusqué vers la droite avec son tir préréglé sur le passage des rails. Le Harstad n’a dû son salut qu’à son brutal coup d’accélérateur. Aux autres d’en faire autant. Mais l’anti-char lui aussi à compris la tactique.
A bord du Harstad, l’ambiance est survoltée, avec la conviction de l’avoir échappé belle. Toupet, en frôlant la maisonnette du garde-barrière en flammes, se faufile, avec toute la légèreté que lui permettent ses trentes tonnes, entre des rames de wagons sur une voie de garage. Chou (le chef de char) a la pipe au bec comme dans tous les grands moments. Crosnier arrose à la mitrailleuse de tourelle tous les refuges possibles de l’ennemi et tire au 75 explosif sur tous les véhicules qui bougent.
Le canon de la mitrailleuse est devenu rouge, il éclaire en rouge l’intérieur de la tourelle; puis il vire au blanc incandescant.. Dès lors, il est inutile d’appuyer sur le solénoïde de gâchette car la température se charge de dévider les bandes…Elle les dévide tellement  qu’ils craignent de bientôt manquer de munitions. Les douilles s’accumulent.
Au nord d’Ecouché, pont sur l’orne, vers 11h00 :
Le capitaine Buis passe en Sherman devant l’église, qui a une assez belle façade renaissance, en compagnie du capitaine Denormandie qui les a guidés par les chemins du bocage et continue de les guider dans les rues d’Ecouché.
A une fenêtre voisine, le curé, insuffisamment inspiré, crie « vive l’Amérique! » Buis s’arrête émerge de sa tourelle et lui rétorque: « c’est vive la France! ». L’autre, pas contrariant, crie: « Vive la France! » et va chercher un drapeau français pour se mettre aux couleurs du jour. Il faut crier « vive de Gaulle! » relance le capitaine. Là, le clergé abdique, fait « oui » de la tête, embarrassé, mais ne crie plus rien.
Devant la 3ème section, (Campos), deux chars légers des Spahis et quelques chars de la 1ère compagnie (Galley) se portent à la sortie nord, pour contrôler la route qui conduit à Montgaroult et à Falaise. Le char de tête franchit le premier pont, sur le petit bras de l’Orne. Quelques mètres plus loin il aborde le grand pont sur l’Orne elle-même. Quand il se présente, la queue de la colonne allemande en retraite, qui a réussi à s’échapper, vient tout juste de prendre le virage, à une centaine de mètres en avant. Elle est couverte par un gros char panther. Les fantassins de Campos ont sauté à terre; ils dépassent le pont, progressent. Leur attention est attiré par des allemands qui s’enfuient devant eux, à flanc de coteau. Ils abordent le virage. A leur droite, le dernier char allemand les aperçoit et tire. Il doit s’être trompé de projectile: il envoie un obus perforant au lieu d’un obus explosif. L’obus emporte le pied du soldat Eugène Bosquet, celui-là qui n’avait pu voir sa mère lors de notre passage au large du mont Saint-Michel. La jambe est coupée net, au-dessus du mollet. L’obus a traversé deux murs et est allé mourir au pied d’un hangar.
La surprenante amputation du fantassin donne une indication sur la position du char ennemi qui a tiré, dissimulé par une maison et du feuillage. Il tire encore une fois sur un des chars légers des spahis, lui arrachant le panneau orange de signalisation étalé sur les paquetages de la plage arrière. Entre le premier et le deuxième tir, il a reculé.
Robert Galley commet alors une imprudence : impatienté par la présence du blindé ennemi, il saute du Narvik et va jeter un coup d’œil à pied derrière la maison, se risquant à patauger dans la zone marécageuse du bord de la rivière. Là, il voit un panther qui recule. Le panther l’a vu aussi mais le rate. Toujours sa célèbre baraka. Il ordonne au Narvik d’attaquer ainsi qu’au Bjervik et à l’Ankenès. Les trois chars tirent sur le panther qui s’éloigne.
Bosquet est entrainé dans une cour, puis dans une maison, celle de M.Hussenot, qui donnera l’hospitalité à nos équipages pendant une semaine. On le réconforte, on lui fait un garrot, on appelle une ambulance…
…Buis est frappé par la présence de ce fantassin, appuyé sur un coude au parapet du pont, qui lui demande une cigarette. Lorsque le char allemand a tiré, le soldat a eu la jambe coupée comme au rasoir… La chair grillée ne saigne pas, il parle et continue de fumer. Ce stoïcisme a quelque chose de surhumain.

Anne-Marie Davion, Raymonde Brindjonc et Suzanne Torrès. Ecouché, 1944.

Les ambulancières aussi ont eu des pertes. Après avoir quitté Ecouché avec sa jeep, le soldat bosquet à son bord, Marie-Louise se trompe de chemin. Elle s’engage sur la route d’Argentan au lieu de bifurquer sur la route de Sées, Alençon. Elle va en plein chez les Allemands, elle se jette dans la gueule du loup.

Le soir, on retrouve son ambulance incendiée au bord de la route. Deux corps carbonisés sont allongés dans la voiture: celui d’un spahis marocain (Ahmed) qu’on lui avait affecté comme infirmier et celui du pauvre Bosquet. De Marie-Louise,on ne trouve que son blouson ensanglanté. Elle a disparu.

Marie Louise Charbonnel alias Micheline Garnier
En savoir plus.
Lire l’article sur le zoom des anciens de la 2eme DB.

Les femmes dans l’armée française

Dans cette reconstitution historique de 1944, nous souhaitons souligner l’égalité entre hommes et femmes tout en honorant le rôle crucial des femmes de l’armée française.

En préservant fidèlement les positions et les responsabilités qui étaient les leurs à cette époque, nous préservons l’authenticité de leur contribution héroïque.
Participer à cette aventure historique ne remet nullement en question l’égalité entre les genres, bien au contraire. C’est une occasion de mettre en lumière le courage des femmes, en particulier des ambulancières, qui ont bravement pris part à cette grande aventure.

En respectant les réalités de 1944, nous rendons hommage à leur dévouement sans pour autant restreindre votre participation. Cette démarche vise à créer une expérience inclusive où chacun, indépendamment du genre, peut vivre et apprécier cette période cruciale de l’histoire. Rejoignez-nous pour une reconstitution authentique, où l’égalité et la commémoration vont de pair.

Les ambulancières aussi ont eu des pertes

PRENEZ PART
À L’AVENTURE